Les carnets du Piémont - 9.
- Oliver Twisted

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La nuit est tombée complètement. La terrasse n’est plus qu’un îlot de lumière tiède, cerclé d’ombres profondes. La musique s’est tue, ou peut-être que personne ne l’écoute plus.
Tout est concentré ici : nos gestes, nos voix, nos regards. Notre attention est devenue exclusive.
Alessandro ne dit rien, mais sa main s’est retirée discrètement. Christelle a recroisé les jambes. Ses joues sont colorées, mais ce n’est pas l’alcool.
Elle me fixe.
— C’est à toi de jouer.
Elle me regarde avec cet air mi-innocent mi-provocant, presque insolent.
— Vérité ou audace ?
Je souris.
— Vérité.
— Si je t’avais demandé de me faire jouir là, maintenant… devant lui… tu l’aurais fait ?
Je ne souris plus. Je ne baisse pas les yeux. Je réponds d’une voix calme, presque trop posée :
— Oui.
Puis, après une pause :
— Je l’aurais fait lentement. Pour qu’il ait le temps de tout voir.
Silence. Christelle avale sa salive. Ses doigts jouent distraitement avec son verre vide.
Alessandro brise la tension, ou l’alimente, difficile à dire.
— A mon tour.
Il se tourne vers elle.
— Vérité ou audace ?
Elle hésite. Longtemps. Puis dit, doucement :
— Audace.
Il ne sourit pas.
— Pose ta main sur sa cuisse, sous la table. Et reste là.
Il me désigne. Christelle m’observe. Je ne bouge pas. Elle glisse lentement sa main sous le rebord. Je la sens remonter lentement, effleurer d’abord mon genou, puis la peau nue au-dessus. Elle s’arrête à mi-cuisses. Ne fait rien de plus. Mais la simple chaleur de sa paume fait monter une vague dans mon ventre.
Alessandro la regarde avec intensité. Puis il se tourne vers moi.
— À moi. Donne-moi une audace.
Tu le regardes un instant. Tu sens que quelque chose doit céder, mais pas encore complètement. Alors tu doses.
— Glisse-toi derrière elle. Pas pour la toucher. Pour respirer contre sa nuque. Juste ça.
Il obéit. Se lève lentement. Passe derrière elle. S’approche. Elle frissonne avant même qu’il ait fait un geste.
Puis il baisse la tête. Son souffle vient effleurer la peau nue, juste là, sous ses cheveux. Elle ferme les yeux. Son autre main serre la nappe. Je vois son ventre se contracter sous le tissu léger de son t-shirt.
Personne ne parle. Personne ne bouge. Mais nous sommes déjà beaucoup plus loin que ce que nous le pensions possible.
Le jeu continue. Mais les règles se dissolvent, doucement. Il ne reste bientôt plus que les corps. Les regards. Et ce fil tendu à l’extrême… qui ne demande qu’un souffle pour céder.
Le silence s’est étiré, mais personne n’a proposé d’arrêter. Le vin s’est réchauffé, les verres se sont vidés à moitié. Les corps se sont rapprochés, pas vraiment volontairement, pas tout à fait par hasard non plus. Et les questions deviennent plus graves, plus franches, plus brûlantes.
Alessandro est encore assis derrière elle. Elle parle sans le regarder.
— À toi. Vérité ou audace ?
Il répond aussitôt.
— Vérité.
Elle tourne lentement la tête vers lui.
— Est-ce que tu pourrais me désirer… pendant qu’il me prend ?
Un silence, dense. Je sens mon ventre se contracter.
Alessandro ne sourit pas. Il répond, droit dans les yeux :
— Je crois que je ne pourrais penser à rien d’autre.
Christelle ne dit rien. Mais son regard, revenu vers le mien, n’a jamais été aussi chargé.
— À toi. Vérité ou audace ?
Je souris, doucement.
— Audace.
Elle prend son temps.
Puis dit, plus doucement.
— Emmène-moi à l’intérieur. Juste quelques minutes. Pas pour me toucher. Juste pour me dire ce que tu ferais si tu pouvais. Et je t’écouterai.
Je hoche la tête. Je me lève. Elle me suit sans un mot. Nous entrons. Nous marchons jusqu’au couloir.
Je la plaque doucement contre le mur. Je ne la touche pas, pas encore. J’approche ma bouche de son oreille, et je parle. À voix basse. Très basse. Je décris. Je dis ce que je ferais si j’en avais le droit.
Où je la caresserais. Comment je la mettrais à genoux. Comment je l’obligerais à me regarder tout du long.
Je dis tout. Lentement. Je sens son souffle s’accélérer contre ma gorge.
Quand nous ressortons, ses joues sont roses, son décolleté est un peu froissé.
Alessandro ne dit rien. Mais ses yeux ont compris. Elle reprend sa place. Et tend la main vers la bouteille.
— Encore un tour ?
Je sens que c’est peut-être le dernier. Alessandro se tourne vers moi.
— Vérité ou audace ?
Je réponds, sans ciller.
— Audace.
Il penche légèrement la tête.
— Ouvre ta chemise. Juste pour qu’on voie.
Je le fixe.
— Quoi ?
— Ton envie. Montre-la.
Je reste immobile une seconde.
Puis je me lève.
J’ouvre deux boutons. Puis trois.
Puis je laisse ma main glisser sous la ceinture, juste assez pour qu’on voie la tension.
Christelle se mord l’intérieur de la joue. Elle ne dit rien. Mais elle respire plus fort.
Alors elle murmure, presque pour elle-même.
— Il fait chaud, non ? —
Alessandro hoche la tête.
— Je pensais justement à me rafraîchir.
Il désigne la piscine du menton.
— Vous venez ?



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