Les carnets du Piémont - 8.
- Oliver Twisted

- 5 janv.
- 4 min de lecture
La lumière décline lentement sur la terrasse. La chaleur du jour s’adoucit, remplacée par cette tiédeur enveloppante propre aux soirées italiennes.
J’épluche des légumes avec Alessandro pendant que Christelle découpe quelques herbes fraîches sur la planche en bois.
Le ton est léger. Des rires éclatent parfois, sans raison. Ou plutôt : parce qu’aucune raison n’est nécessaire.
La musique en fond est douce, presque imperceptible. Un vieux disque de soul italienne que personne ne connaît vraiment, mais qui colle parfaitement à l’instant.
Christelle verse un peu de vin dans trois verres. Pas trop. Juste assez pour délier les gestes.
Le repas se prépare sans effort. Des choses simples, colorées, qui sentent bon l’huile d’olive, le citron, le basilic. Sur la terrasse, la table est dressée sans cérémonie. Quelques bougies. Des coussins jetés sur les chaises. Tout respire la chaleur, la détente, l’intimité.
Quand nous nous installons, le ciel est encore bleu, mais les premières étoiles commencent à percer doucement. Un petit courant d’air fait frissonner Christelle, qui croise les jambes sous la table.
Le vin glisse facilement. Les conversations dérivent : souvenirs, anecdotes, une touche de moquerie gentille, toujours un peu ambiguë. Les regards se prolongent. Mais sans insister. Le terrain est glissant, mais personne ne tombe. Pas encore.
Puis, après le dessert, quand la fatigue douce s’installe, que le vin a fait son œuvre, Alessandro pose son verre. Et lance, presque distraitement :
— On fait un jeu ?
Christelle le regarde, l’œil brillant.
— Quel genre de jeu ?
— Je ne sais pas… quelque chose de simple. Une version adulte d’action ou vérité. Mais plus élégant. Plus… suggestif.
Un silence léger. Pas gêné. Juste suspendu.
J’attrape la bouteille pour resservir les verres. Christelle s’étire un peu, laisse son dos épouser le dossier de la chaise. Son t-shirt s’est légèrement relevé sur son ventre. Elle le remarque, ne le remet pas en place.
— À une condition, dit-elle enfin.
— Laquelle ? demande Alessandro.
— Qu’on n’ait pas le droit de mentir. Pas ce soir.
Un second silence, plus dense celui-là. Quelque chose vient de basculer, doucement.
Nous nous regardons. Trois verres levés. Un pacte tacite.
Le jeu peut commencer. Et plus personne ne pourra prétendre que ce n’était qu’un dîner entre amis.
Alessandro décroche un dessous de verre, le fait tourner du bout des doigts.
— Je commence. Pour briser la glace.
Il se tourne vers moi. — Vérité ou audace ?
Je hausse les épaules, léger.
— Vérité.
— As-tu déjà imaginé ce qui se passerait si Christelle et moi… étions seuls dans une pièce ?
La question tombe. Pas brutale, mais précise. Christelle m’observe. Ses lèvres effleurent son verre. Elle ne boit pas. Elle attend. Je soutiens son regard.
— Oui. Plusieurs fois.
Je ne développe pas. Je n’en ai pas besoin. Le silence qui suit est déjà une réponse complète.
Christelle sourit.
— À moi ?
— À toi, répond Alessandro.
Elle se tourne vers moi.
— Vérité ou audace ?
Tu réfléchis.
— Audace.
— Embrasse Alessandro. Mais… pas sur la bouche. Quelque chose de plus dérangeant.
Elle le dit sans hésitation. Presque posément.
Alessandro se fige à peine. Puis sourit, tend le menton.
Je me penche. Je choisis sa clavicule. Mes lèvres frôlent sa peau. Un contact rapide. Contrôlé. Mais pas anodin.
Christelle fixe la scène, un peu trop longtemps. Quand elle relève les yeux vers moi, il y a une note d’excitation feutrée, pas encore déclarée.
Alessandro, amusé, se tourne vers elle.
— Vérité ou audace ?
Elle répond sans détour :
— Vérité.
— As-tu déjà fantasmé sur nous deux… pendant que vous faisiez l’amour ?
Elle ne répond pas tout de suite. Elle regarde au loin. La piscine est devenue un miroir noir. Puis elle revient à nous, et dit calmement :
— Oui. Une fois. Ou deux.
Elle ajoute, après une pause :
— Ou plus.
Elle boit. Le vin est presque tiède. Mais elle le sent couler comme du feu sous la peau. Christelle repose lentement son verre vide.
Le silence s’installe une seconde, dense mais confortable. Elle garde son regard sur Alessandro.
— À toi. Vérité ou audace ?
— Audace.
Elle prend son temps avant de répondre. Sa voix est calme, presque trop neutre.
— Glisse ta main sous la table, entre mes cuisses. Reste là. Juste ça.
Il ne répond pas. Il agit. Ses gestes sont lents, presque cérémonieux. Il se penche légèrement, effleure le tissu de son t-shirt.
Elle entrouvre un peu les jambes. Juste assez. Sa respiration reste stable. Mais ses pupilles, elles, se dilatent.
Alessandro revient s’asseoir, la main toujours dissimulée sous la table. Personne ne dit rien.
Le jeu a changé de registre. Et pourtant… tout semble encore parfaitement maîtrisé.
Il tourne la tête vers moi.
— À toi. Vérité ou audace ?
Je réponds aussitôt
— Vérité.
Il incline la tête.
— Est-ce que tu pourrais la regarder jouir… sans la toucher ?
Mon ventre se contracte un peu. Pas de honte, pas d’hésitation. Mais une tension immédiate.
Je pose les yeux sur Christelle, qui me fixe.
— Oui, dis-je simplement.
Puis j’ajoute, sans y être forcé :
— Je crois même que j’en aurais très envie.
Christelle sourit. Lentement. Son souffle s’est fait plus court.
Elle se tourne vers moi.
— Vérité ou audace ?
Je hausse un sourcil.
— Audace.
Elle réfléchit une seconde. Puis, sans détour :
— Décris-moi ce que tu ferais… si tu pouvais me toucher là, maintenant. Devant lui.
Je soutiens son regard. Je sens son propre corps réagir. Mais je garde ma voix basse, calme.
— Je commencerais par relever lentement ton t-shirt, sans te quitter des yeux. Je garderais tes jambes ouvertes, les genoux calés contre le bord de la table. Je passerais un doigt sur ta culotte, si tu en portes encore. Je tracerais la forme de tes lèvres. Longtemps. Juste ça. Avant d’appuyer un peu plus fort.
Un frisson la traverse. Elle ne le masque pas. Sa main attrape le bord de la table.
Je me tais. Plus rien n’a besoin d’être dit.
Alessandro respire plus fort. Sa main est toujours entre les cuisses de Christelle.
Mais il ne bouge pas. Il attend, lui aussi. Comme si une consigne tacite avait été donnée : plus un geste. Pas encore.
Un vertige rôde. Quelque chose est sur le point de déraper, mais chacun retient encore la tension par un fil. Un fil très mince. Très fragile.

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