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Les carnets du Piémont - 10.

Nous descendons les quelques marches menant à la piscine. L’air est encore tiède, saturé des parfums de la journée : figue, terre chaude, peau salée. La lumière extérieure est douce, tamisée par les lanternes de la terrasse. L’eau ondule tranquillement, noire, brillante comme du verre.

Christelle s’approche en silence. Elle pose un pied sur la première marche. Puis un autre.

Son T-shirt flotte un instant avant de s’alourdir. Elle l’enlève d’un geste simple, presque nonchalant. Dessous, une culotte fine, noire, et rien d’autre.

Elle entre dans l’eau sans se retourner. Elle plonge. Puis refait surface, la nuque dégagée, les seins encore cachés sous la ligne sombre de l’eau.

Mais ses yeux… ses yeux brillent d’un éclat nouveau.

Je la regarde, sans rien dire.

Alessandro s’approche à son tour. Il ôte sa chemise. Puis son pantalon. Ne garde que le strict nécessaire. Puis entre dans l’eau, d’un pas lent. Il ne dit rien non plus. Mais son regard glisse d’elle à moi, sans dissimuler ce qui l’habite.

Je les rejoins. Un frisson me parcourt quand l’eau atteint mon ventre. Puis je m’immerge. Le monde devient plus dense, plus silencieux. Presque irréel.

Elle est là, à quelques centimètres. Ses cheveux trempés lui collent à la nuque.

Sa culotte fine devient presque invisible sous l’eau. Elle tourne lentement sur elle-même.

Ses mains frôlent mon torse, puis celui d’Alessandro.

Personne ne parle. Nous sommes dans ce moment suspendu   entre le jeu et l’abandon, entre les dernières résistances et l’évidence qui s’impose.

Je pose ma main sur la hanche de Christelle. Elle ne bouge pas. Elle me regarde.

Puis, d’un simple mouvement de tête, elle se tourne vers Alessandro.

Elle l’approche. Ses doigts glissent le long de son torse.

Elle reste là, entre nous deux. Silencieuse. Présente. Offerte, mais sans être soumise.

Et moi, je comprends. Le jeu est terminé. Il ne reste plus que les corps.

Christelle nage un peu plus loin. Ses bras fendent l’eau avec lenteur.

Puis elle revient vers nous, les gouttes ruisselant le long de ses épaules, de sa gorge, de sa poitrine à peine cachée.

Elle nous regarde l’un après l’autre, un sourire en coin, essoufflée.

Puis dit, presque comme une évidence :

— J’ai envie d’enlever ça.

Elle parle de sa culotte, bien sûr. Elle l’attrape sous l’eau. Un geste rapide, naturel. Elle la retire, la laisse flotter à la surface, puis la pousse doucement du bout des doigts vers le bord.

Elle nous regarde. Ne dit rien.

Alessandro ne commente pas. Il plonge. Un mouvement fluide, presque animal. Quand il refait surface, il n’a plus rien sur lui. Juste son regard, chargé. Posé sur elle.

Je reste un instant dans le silence. Puis je glisse ma main à la ceinture. Je retire le dernier tissu qui me couvrait. Je le laisse couler, sans cérémonie.

À présent, nous sommes nus dans l’eau, tous les trois. Et rien ne semble inconfortable. Au contraire. Tout est plus naturel encore.

Les mouvements deviennent plus lents, plus proches. Les corps se frôlent, s’effleurent, par erreur ou par désir, on ne sait plus.

Christelle nage entre nous. Ses jambes croisent les miennes. Ses doigts remontent le long du dos d’Alessandro.

Elle m’embrasse. Pas sur la bouche. Juste au creux du cou. Lentement.

Puis elle recule. Elle nous regarde tous les deux. Et dit, à voix basse :

— Voilà. Maintenant on arrête de jouer.

Le silence n’a jamais été aussi épais. Les trois corps glissent lentement dans l’eau, presque sans bruit. Les regards se cherchent, les souffles se croisent.

Et Christelle… Christelle ne touche plus les bords. Elle flotte entre nous deux, comme en apesanteur, les cheveux mouillés collés à ses épaules, les yeux sombres, concentrés.

Ses mains sont les premières à rompre l’équilibre. Elles se posent sur nos torses, tour à tour.

Elle s’approche d’Alessandro. Très près. Juste devant lui. Elle remonte ses doigts jusqu’à sa nuque. Puis pivote, d’un mouvement lent, pour venir se caler contre lui… et me faire face.

Son dos contre son torse. Ses yeux dans les miens.

Elle ne sourit plus. Elle respire.  Longtemps. Puis lève un bras pour m’inviter à m’approcher.

J’avance. Elle m’attire contre elle. Ses deux mains sur nous maintenant. L’une sur Alessandro, l’autre sur moi. Rien de brutal.  Rien de pressé. Seulement cette proximité qui devient impossible à ignorer.

Puis, sans prévenir, elle plonge. Disparaît.

Le frisson est immédiat. Un contact, sous l’eau. D’abord sur moi.

Puis ailleurs. Alterné. Lent. Mesuré.

Elle remonte après quelques secondes. Essoufflée. Les joues rosées. L’eau ruisselle sur ses lèvres entrouvertes.

Elle ne dit rien. Elle n’a pas besoin.

Tout est dans ce regard qu’elle nous lance. Ce regard qui dit :  Je sais ce que je fais. Et vous allez me suivre. Jusqu’au bout.

Un frisson parcourt mon dos, amplifié par la fraîcheur nocturne. Mais ce n’est pas de froid qu’il s’agit.

L’eau est devenue tiède autour de nous. Plus personne ne parle. Les mots ne serviraient plus à rien. Tout se dit dans les gestes, les silences, les respirations croisées.

Ses mains reprennent leur danse lente, presque cérémonielle, sur nos torses, nos épaules, nos hanches. Elle semble nous mesurer, nous goûter du bout des doigts.

Puis, elle se retourne. S’adosse à moi, son dos contre mon torse, sa tête dans le creux de mon épaule.

Mon bras l’enveloppe.

Elle attrape la main d’Alessandro et la guide lentement sur sa cuisse immergée, sans jamais détourner le regard.

Un geste lent. Dompté. Assumé.

Tu sens son bassin bouger à peine.

Ses cuisses s’écartent imperceptiblement.

Elle se laisse toucher ou plutôt, elle offre.

Elle garde le contrôle, mais joue à l’abandon.

L’eau cache les détails. Mais elle n’ôte rien à la puissance de ce qui se passe. Elle l’amplifie, même.

Chaque respiration devient plus audible. Chaque frémissement, plus visible.

Le monde est devenu très petit. Juste la surface noire de l’eau, les corps en suspension, et les ombres du jardin autour. Une intimité irréelle, hors du temps.

Puis Christelle se tourne à nouveau vers Alessandro. Elle l’embrasse. Lentement. Profondément. Sans urgence.

Je les regarde. Je les sens. Je suis là, présent, inclus — et cela ne fait plus question. C’est ce moment, cette alchimie, qui compte.

Et lorsque ses yeux reviennent vers moi, je sais que la suite nous appartient à tous les trois. Mais rien ne presse.

L’eau nous porte encore. Et dans ce flottement, le plaisir n’est plus un but : il est déjà là, en train d’advenir

Elle est là, entre nous deux, suspendue dans ce moment hors du monde. Son souffle est plus court, plus irrégulier. Ses mains ne cherchent plus — elles s’agrippent, se retiennent à nos épaules, à nos nuques, comme pour ne pas dériver tout à fait.

Je sens sous mes paumes son ventre se contracter par vagues. Alessandro, en face, ne dit rien, mais ses yeux fixent les siens — et parfois les miens.

Il est dans le même rythme, comme s’il connaissait déjà son corps. Ou comme s’il l’écoutait mieux que les mots.

Christelle laisse tomber sa tête en arrière, contre moi. Sa nuque s’offre, son torse se cambre à peine hors de l’eau. Je glisse une main sur sa gorge, doucement. Elle m’y répond d’un frisson. Un soupir.

Elle est ouverte, totalement, sans masque, sans retenue. Elle ne guide plus rien, elle se laisse traverser. Et puis…

Quelque chose se tend. Un frémissement de plus. Un gémissement, étouffé par l’eau. Et ce moment : celui où tout son corps vibre, se serre, se libère dans le silence de la nuit.

Pas un cri. Juste un souffle déchiré. Un soupir trop long pour être innocent. Et ce tremblement qu’elle ne maîtrise pas.

Ses doigts s’agrippent à nous. Puis elle relâche. S’abandonne totalement dans nos bras.

Nous restons là un moment, tous les trois, en silence. Le clapotis léger autour de nous est le seul son. Christelle a les yeux fermés. Sa tête repose sur mon épaule. Alessandro a une main posée à la surface, effleurant la sienne sans l’enfermer.

Puis elle rouvre les yeux. Un sourire. Presque malicieux. Elle est revenue. Différente. Tranquille.

Elle se redresse lentement, l’eau ruisselant sur ses courbes, luisante sous les lumières tamisées du bord. Elle ne cache rien. Elle ne se cache plus.

Alessandro et moi sortons à notre tour.

Les corps nus ne sont plus des promesses : ce sont des évidences. Aucun mot n’est nécessaire. Tout s’est dit autrement.

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