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La preuve - Thomas (2)

Brillante idée que de lui avoir donné mon trench-coat !

Il faut que je foute le camp d’ici, je n’ai pas besoin de me retrouver avec un fiancé au cul. Le diamant qu’elle porte n’est pas une pacotille. Cette femme m’attire telle Excalibur, je rêve de la prendre en main et de lui apprendre quelques bottes secrètes. Comme la renverser, ici, au sol et la manier jusqu’à ce qu’elle rende grâce. Hélas, elle a trouvé son Arthur et même si j’ai terriblement envie d’entendre ses soupirs sous ma langue, pas question de me faire embrocher par un jaloux ! Je tiens à ma peau et j’ai encore quelques pistes à faire avant de ranger mon épée.

Je la plante là, quitte à passer pour un malotru et me rue vers la voiture sous une cascade d’eau givrée. Je balance mon imper à l’arrière pour éviter d’inonder mon siège. Dommage, j’aurais bien aimé respirer l’odeur que son corps a laissée dans les fibres, un avant-goût de ce que je n’aurais jamais. Quel coup du sort d’être arrivé trop tard, un autre que moi a de la chance.

Je mets le contact. Le moteur tousse puis cale. Je recommence. Même réaction. J’essaie à nouveau en jetant un œil vers la maison de la beauté. Étrange qu’elle ne m’ait pas reconnu. Ma discipline n’est pas très médiatisée, mais tout de même, triple champion olympique, ça ne passe pas inaperçu. La mécanique refuse de m’obéir, encore. Je pompe comme un malade et évidemment, au bout d’une quinzaine de tentatives, je finis par noyer le moteur. Je suis dans la mouise : je n’y connais rien en voiture, mon portable est déchargé et la seule personne qui pourrait m’aider est celle que je veux fuir parce qu’elle me rend dingue et qu’elle n’est pas disponible pour assouvir mes folles pulsions. Merde, merde et merde. Je tape du poing sur le volant, ce qui m’amène au calme, car ma main ne me remercie pas.

Tu n’as pas le choix, retiens ta libido et vogue la galère.

C’est le mot. Comment je fais pour résister, moi ? Elle est magnifique avec ses grands yeux noisette, son teint pâle, ses cheveux qui lui tombent au creux des reins et ses joues toutes rouges. Sans parler de son corps tout en rondeur. C’est un supplice de Tantale, cette belle créature. Une torture bédésémienne à me convertir au sadomasochisme. Un acte à l’abordage, avec cordes et bite d’amarrage. Je n’ai jamais connu une femme me transporter ainsi et je ne me reconnais d’ailleurs pas à hurler tel un loup en rut, ou un homme en proie à de subites envies libidineuses.

Mon entrejambe se réveille et me rappelle qu’il se lasse de ma main, douée certes, mais bon. Mon cerveau reptilien, ce traitre, n’arrange rien et siffle le début de la partie. Je gronde tout seul dans l’habitacle, exhortant mes sens à rendre raison. Je prends une grande respiration, me récite en mantra « elle n’est pas libre, elle n’est pas libre... » puis sors une énième fois et cours jusqu’au bâtiment qui abrite mon tourment.

J’actionne la poignée tout en frappant à la porte. Elle ne l’a pas fermée, cette inconsciente ! N’importe quel pervers pourrait la surprendre et la...

— Qui est là ? demande-t-elle d’une voix inquiète venant du plafond.

— C’est moi, Thomas. Je suis désolé de...

— Vous avez oublié quelque chose ?

Elle pousse un juron lorsque quelque chose chute lourdement au-dessus de ma tête. Je crie pour qu’elle m’entende :

— Ça va ?

Sa réponse étouffée traverse le plancher.

— Non ! je viens de faire tomber un code pénal sur un orteil. Ça fait hyper mal !

Hein ?

— Qu’est-ce que vous faites avec un code pénal ? demandé-je, amusé. Je suis gelé, mais sa répartie me donne envie de rire. Un code pénal, vraiment ?

— Je me sèche !

Je regarde le plafond, interloqué. Étrangement, j’oublie mes fringues trempées et mes tremblements. Je l’imagine nue, couverte de papier. Mes lèvres s’étirent dans un sourire. Qu’est-ce qu’elle raconte ?

— Avec un code ?

— Parfaitement. J’arrache les feuilles, je les plaque sur moi et comme il y a des milliers de pages, j’ai de quoi faire. En plus, c’est un excellent moyen de passer mes nerfs !

Ma bouche s’ouvre en grand, je réalise et éclate de rire. Il est franc, clair et fort. Tellement puissant qu’il me secoue et me coupe le souffle. J’ai mal au ventre tant je me bidonne. Mes jambes ont de la peine à me porter et je m’écroule sur le sol, la tête contre la porte. Je ferme les yeux, mon cerveau projette des images où cette sirène rampe vers moi, des pages collées à ses fesses, les seins recouverts de lignes noircies. La scène est si loufoque que je m’esclaffe de nouveau. Il y a longtemps que j’ai eu un tel fou-rire.

Ce n’est que lorsque je sens une bouche chaude me susurrer à l’oreille : « C’est bon, hein ? » que j’avale mon dernier éclat et recule pour mieux la regarder.

Magnifique est en deçà de ce qu’elle est. Elle me toise, contente d’elle avec sa robe rouge. Ses yeux caramel me caressent la peau, son souffle me chauffe le cou et je suis foutu : je vibre et c’est grâce à elle.

Elle me tend une large serviette que je prends sans y prêter attention, l’esprit ailleurs. Il se promène le long de sa chute de reins, suit le sillon entre ses seins, traîne ses basques vers le delta sombre, protecteur de lèvres roses qui en cachent de plus petites. Il pleure son envie d’aller voir où est blotti le bouton afin de mettre en branle la machine à jouir. Ma queue me fait souffrir et me ramène sur le sol froid de la pièce. Je me secoue et écarte un peu mes jambes pour lui laisser plus d’aisance.

Elle me désigne un fauteuil d’accueil, m’intimant l’ordre de m’assoir. Je lui obéis parce que je ne veux rien faire d’autre.

— Je viens de la retirer du séchoir, profitez-en.

— Merci, dis-je en m’enveloppant dans le drap ouaté, heureux de sentir enfin quelque chose de chaud, même si ce n’est pas ce genre de chaleur que je souhaiterais, là tout de suite.

Elle est face à moi, une de ses mains renferme quelque chose. Je ne vois pas ce que c’est. Elle hausse ses sourcils, joliment dessinés en accent circonflexe.

— Alors ? Pourquoi êtes-vous revenu ?

— Ma voiture est en panne.

Son visage se ferme.

— Franchement ? Le coup de la panne ?

Je me raidis, vexé qu’elle me juge aussi pauvre d’esprit.

— Et pourtant, c’est le cas. Est-ce que je peux abuser de votre téléphone ?

Elle brandit ce qu’elle me dissimulait.

— Savez-vous ce que c’est ?

— Euh... un déodorant ? dis-je sans comprendre le rapport.

— Un spray autodéfense au poivre. Alors, si vous voulez que je vous aide, vous me montrez vos papiers sinon je vous asperge de ce truc.

Quoi ?

— Pardon ?



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