Chaque pomme est une fleur qui a connu l'amour - premiers échanges
- Bleue

- il y a 2 jours
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Elle
Alors, voilà, après des jours de silence, monsieur m’a répondu. Quand il se connectait, il n’était pas nécessairement seul. Il était en vacances avec sa dépressive de compagne. Il ne m’en a pas dit beaucoup à son sujet à elle, mais c’était clair entre les lignes. Il débarquait sur le site, vérifiait s’il avait des messages et puis, laissait la fenêtre ouverte, mais faisait autre chose.
Et là, on a un peu parlé : de son job, entre autres. Il est graphiste. Donc, rien à voir avec mon cher ami qui lui, est musicien. On reste dans l’artistique, c’est vrai, mais le graphisme, c’est davantage un truc de l’ombre… Il habite la capitale. Et puis, que dire d’autre : c’était assez court, en fait, l’échange.
Ce que je voudrais, c’est un peu « pénétrer dans sa tête ». Oui, je sais que c’est le genre de chose qui fait peur et en général, sur le site, les hommes n’exposent pas leur fragilité, mais bon, on peut toujours rêver. Il m’a juste dit pour sa copine, mais pas entré dans les détails.
Je n’ai pas saisi ce qu’il attend, en fait. C’est assez vague. C’est bizarre. Il laisse la part belle aux femmes, ce site, genre « vous êtes les reines et vous choisissez »… Dans le fond, c’est réellement un slogan à la noix. Quand quelqu’un nous plait vraiment, si ce n’est pas pareil de son côté, on peut se brosser le ventre. C’est comme dans la vie réelle.
Au début, j’avais une quantité de demandes de rendez-vous : les hommes par ici étaient-ils à ce point morts de faim ? Voulaient-ils étoffer leur tableau de chasse ? Cherchaient-ils, comme moi, à se rassurer ? Oui, je reconnais qu’il y a des femmes qui réagissent comme certains des mecs avec qui j’ai parlé. Mais je ne suis pas comme ça : c’est pas la course à qui en aura le plus. Et puis, le « plus » de quoi ? D’attentions, de chaleur humaine, de sexe, d’échanges positifs ? C’était bien confus, tout ça.
Donc, on papote. On se trouve peu de points communs, mais la conversation est gentille, agréable, charmante. Elle m’a d’ailleurs rappelé pas mal la première que j’avais eue sur MSN, il y a perpète comme disait un de mes fils quand il était ado, avec mon monsieur. Je ne criais pas victoire : il vaut mieux rester prudente. Mais dans le fond, qu’est-ce que je craignais ? Il n’était pas « mon cher ami ». J’espérais trouver en lui des choses qui m’auraient réconciliée avec moi-même et avec mes sentiments pour lui et aussi, pouvoir passer à quelqu’un d’autre. Je ne savais pas s’il répondait à mes attentes : il était trop tôt encore pour émettre quoi que ce soit comme conclusion.
Lui
Je suis entré en contact avec plusieurs demoiselles et juste une femme, une vraie. Oui, j’ai toujours préféré les personnes plus âgées : en général, elles sont plus posées et plus respectueuses aussi. Mais celle-ci, elle pourrait être ma mère…
Elle n’a pas l’air d’être coincée. On a parlé gentiment. Mais rien de personnel ou de très intime. Non, simplement pour faire connaissance. Je ne m’imagine pas avec quelqu’un de cet âge-là, mais bon, c’était agréable.
Si je parviens à passer au-dessus de cette histoire de différence de génération, ça peut être intéressant. Elle va peut-être m’apprendre des trucs… Qui sait ?
D’un autre côté, si c’est juste pour tirer son coup, une jeune, ça convient parfaitement...
Elle
C’est comme si je l’avais retrouvé après toutes ces années… Ne pas vouloir aller trop vite. Ne pas brusquer les choses. Être juste « normale », pas envahissante. Et cela, ça m’en coûtait vraiment…
Donc, on s’est parlé. J’ai le sentiment que je pourrais l’intéresser. Enfin, non, je pense qu’une histoire de sexe avec quelqu’un de mon âge pourrait l’intéresser. C’est déjà ça. Et si je tombe amoureuse… je pourrais abandonner un peu mes chimères pour ce cornichon qui m’ignore depuis si longtemps.
Bien sûr, je continuais d’échanger avec d’autres : un prof, comme moi, des fonctionnaires, deux ingénieurs, un monsieur dont le rêve était que je le « soumette ». Les amateurs ne manquaient pas. Je me livrais, parfois. D’autres fois, je restais carrément dans le vague. Ceux à qui je me confiais ne revenaient en général pas, comme s’ils se disaient « la place est prise par un fantôme, inutile de poursuivre avec une folle comme ça ». Tant pis : c’est que, dans le fond, ce qu’ils clamaient à corps et à cris genre « je recherche de la complicité et plus si affinités » n’était qu’un beau miroir aux alouettes pour nous fourrer dans leur lit. Mes émerveillements et mes chagrins faisaient peur et repoussaient, j’en étais consciente.
Et puis, j’en écrivis plus sur mon profil. Je parlais de musique et de mots, oui, mais j’ajoutai que je cherchais un amant aimant qui me prendrait avec mon passif pas si passif que ça et dont j’aimerais le corps et le visage… Juste un m’aborda en me disant qu’il sentait la détresse dans ma description. Sinon, un autre m’insulta de tous les noms d’oiseaux parce qu’il s’était imaginé qu’il serait le suivant dans la liste de mes amants et que « si j’avais changé mes mots, c’est que je cherchais à nouveau sans le recontacter »… Enfin, bref, les propositions passionnantes ne se bousculaient pas. C’était décevant, mais au moins, j’étais claire. J’aurais dû, pour être vraiment honnête, parler de l’âge d’un partenaire potentiel… Les gens du mien ne m’intéressaient absolument pas. Ni même ceux de cinq ans de moins. Ce qui me faisait frétiller, c’était ceux qui étaient dans la quarantaine, la trentaine, même.. Je ne jetais qu’un coup d’œil dénué de toute passion à ceux n’entrant pas dans cette sélection… Je zappais systématiquement les cinquantenaires et plus. Je n’osais pas indiquer ce genre de détail sur mon profil. Je n’avais pas envie de passer pour une cougar. Je ne m’étais jamais sentie comme ça. Non, ce que je voulais, c’était quelqu’un d’assez intéressé par moi pour m’épauler, me consoler de cet homme qui me repoussait, qui aurait un physique que moi, j’apprécierais et qui ne serait pas rebuté par les signes que le temps avait déjà laissé sur mon corps.



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