Chaque pomme est une fleur qui a connu l'amour - prologue
- Bleue

- 6 janv.
- 4 min de lecture
Elle
Si on m’avait dit que c’était là que je le retrouverais…
D’abord, je vous fais un pitch de ma vie.
J’ai une bonne cinquantaine d’années. Je suis mariée et maman de trois jeunes adultes. Deux fils et mon Élisabeth… Je suis grand-mère, aussi, de trois petites-filles mignonnes comme des cœurs, intelligentes, craquantes. Enfin, parfaites ! Je bosse dans une école. Mes passions sont l’écriture et la musique.
Un peu en désespoir, un jour, je me suis inscrite sur un site de rencontres. La lassitude, sans doute, au sein du couple. Un peu de piment ne me ferait pas de tort. Et puis, et surtout, j’avais envie de… tomber amoureuse. Vous allez peut-être trouver cela étrange. Il faut vous dire que depuis des années, presque treize, je suis éprise. Mais pourquoi, me demanderez-vous, chercher l’amour sur un tel site, alors ?
Parce que depuis tout ce temps, il n’en a rien à foutre de moi. Il me nie la gueule, ou est carrément désagréable et hautain. Bref, je suis en manque. En manque de passion, de corps jeunes et frais (j’ai oublié de vous dire qu’il est bien plus jeune que moi), d’ardeur au lit. En somme, je voulais du neuf…
Donc, j’ai réfléchi très « raisonnablement » à ce que j’allais écrire comme description. Il y en a qui parviennent à se vendre. D’autres, ça, c’est mon cas, qui hésitent longtemps, ne savent pas trop comment s’y prendre, tergiversent. Si à ce moment-là, vous étiez venus voir mon profil, messieurs, vous auriez pu lire que j’aimais les mots et la musique. Un peu maigre, vous avez raison. Mais bon, visiblement, cela attirait tout de même. Pas de photo publique. Je trouvais dommage d’être réduite à une « image » : j’avais l’idée très arrêtée que celui qui me conviendrait devrait d’abord me séduire avec ses discours. J’avais quand même posté une photo de moi sur laquelle je souriais. Seuls ceux qui m’intéressaient pourraient la voir…
J’étais sur le site depuis un peu plus de six mois et… « il » vint regarder mon profil… Lui, avec un grand L. Les caractéristiques qu’il donnait de lui ressemblaient à ce que mon amoureux aurait pu indiquer comme renseignements. Son portrait, parce que lui, il avait osé montrer sa tête, aurait pu passer pour une photo de ce monsieur qui squattait ma tête, mon corps et mon cœur. Jusqu’à ce qu’il racontait sur son profil : qu’il ne savait pas ce qu’il cherchait, qu’il aimait les découvertes. En somme, un clone de celui que je connaissais et adulais depuis toutes ces années.
Je lui avais envoyé un message très sage dans lequel je lui disais que lorsqu’il reviendrait sur le site, cela m’aurait fait plaisir d’échanger avec lui en lui rappelant tout de même que s’il n’était pas venu regarder ma description, je ne l’aurais pas trouvé. C’est vrai : je ne suis pas une chasseuse. Mis à part avec deux ou trois messieurs, je m’empêchais de prendre contact avec qui que ce soit. Cela avait marché une fois. Une autre, ma proie m’avait blacklistée sans avoir même pris la peine de me parler…
Donc, ce soir-là, il vint me parler… Enfin non, plutôt, il me dit bonsoir et on en resta pratiquement là. Moi, j’avais une répète avec ma petite troupe de théâtre et impossible de m’attarder… On papota un autre soir et les choses avaient l’air bien engagées. Et puis, le silence… les silences…
Lui
L’ennui toujours l’ennui.
Et puis, un de mes potes me conseilla de m’inscrire sur le site. « Tu verras, y a des meufs à la pelle, là. Tu fais ton choix. Bien sûr, tu paies. Mais bon, pour te trouver quelqu’un… Pas obligé de communiquer non plus. Tu peux te connecter et observer. Et si quelqu’un te plait, et bien, tu t’obstines un peu sur son profil. Il y a bien un moment où elle lâchera. Et puis, t’es pas laid… Alors, pourquoi pas : fonce. »
Avec cette prose, j’étais plutôt reboosté. Ma libido était remontée en flèche. J’avais des soucis au boulot et cela allait m’aider à sortir la tête hors de l’eau, me donner confiance en moi alors que j’avais toujours le sentiment de ne pas en avoir assez. Me changer les idées aussi. Dans mon couple, mais, pouvait-on encore parler de couple, c’était pas la joie. Ma copine traversait une crise existentielle. Normal : une psy… ça se torture les neurones. Impossible pour elle de ne pas avoir constamment l’esprit en alerte. Pour les autres, OK, mais pour nous, ça devenait invivable. Je tâchais de ne pas lui poser trop de questions. De toute manière, je suis d’un naturel taiseux. Mais je savais qu’elle ne se livrait pas vraiment non plus.
Alors, ma description se limitait à une histoire de recherche et d’ouverture à de nouvelles expériences. C’était un peu maigre, mais au moins, cela me permettrait de laisser venir. Je ne parlais pas du fait que j’étais presque célibataire. De toute manière, j’avais pas besoin d’une véritable aventure. Simplement, tirer mon coup. Inutile de s’embarrasser d’une bonne femme qui vous raconte qu’elle cherche le grand amour, juste quelqu’un pour le cul.
Bien sûr, j’allais pas m’embarquer dans une histoire sentimentale. Enfin, c’est ce que je pensais…


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