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Femme qui veut - 2.

Après avoir assuré son rendez-vous avec tout le sérieux nécessaire, rédigé son rapport au directeur général pour lui conseiller d’embaucher « la soupe aux poireaux » compétent pour le poste, Marianne s’octroie une minute de pause avant de reprendre un dossier ardu sur les nouvelles directives européennes concernant le droit du travail. Un programme d’une réjouissance à faire hurler d’ennui, mais sa conscience professionnelle l’oblige à passer outre cette mortelle activité.

Son regard glisse sur la photo posée sur son bureau où son mari et ses deux filles explosent leur joie de vivre. Elle effleure du doigt la bouche de son compagnon, décédé il y a plus de six ans lors d’un accident de la route effroyable dû au verglas. Elle a fait face, comme le font toutes les femmes qui se retrouvent seules à élever leurs enfants et a continué pas à pas son chemin. La douleur est là et ne s’effacera jamais, elle le sait, mais elle l’a apprivoisée et cette souffrance lui a appris à vénérer la vie avec ferveur.

Marianne a éperdument aimé son compagnon qui lui a ouvert les yeux sur le plaisir de la caresse, l’art d’obéir à sa libido, la folie de vouloir jouir. Ils se sont adorés sous toutes les formes, sur toutes les surfaces, dans toutes les situations possibles. Avec Pierre, elle a passionnément vécu l’amour et sa mort l’a inévitablement fait perdre pied. Malgré le soutien de sa famille, de ses amis, elle a failli sombrer dans la spirale infernale de la dépression, et c’est seulement grâce à ses filles, qui sont à présent presque des adultes, qu’elle a pu garder la tête hors de l’eau et remonter jusqu’à la berge pour respirer à nouveau.

Petit à petit, la brûlure de la perte est devenue moins acide, plus diffuse dans le temps, plus supportable au fil des ans. Marianne a repris une vie sociale, fait des rencontres, défait des nœuds trop oppressants et s’est autorisée une sexualité de plus en plus débridée. Pierre a été son premier amour, son révélateur, celui qui l’a amenée à effacer tous les carcans que sa « bonne » éducation avait ancrés en elle et a été un amant complice et aventureux.

Marianne lui doit beaucoup, car si elle est à présent épanouie et sans tabou, c’est en partie grâce à lui qui a vu bien avant elle toute l’explosivité charnelle qui sommeillait dans l’attente d’être réveillée. Elle se souvient de la première fois où son futur époux lui a appris l’art sensuel de se caresser. Non pas qu’elle ne le fît pas avant lui, mais elle était encore novice en la matière. Elle avait à peine dix-huit ans ; lui six de plus, avec une science innée de ce qu’est un corps de femme. Elle plonge dans ce passé qu’elle chérira jusqu’à sa mort et entend cette voix grave, un peu rauque, le souffle court et excité de son compagnon.

« — Tu as en toi un goût immodéré pour les choses du sexe, mais tu ne le sais pas encore. J’aspire tellement à te le montrer. Veux-tu que je te dise pourquoi je le sais ?

— Oui. Je crois que je vais aimer tes mots.

— C’est ton corps qui me le raconte. Je le vois à tes pointes de sein qui s’érigent sans même que je les touche. Je le sens au parfum que tu dégages, il est un puissant aphrodisiaque, un appel à l’acte auquel peu d’hommes résisteront. Il invite des mains, des bouches et des langues. Je suis tellement heureux d’être celui qui va pouvoir te mener à ces plaisirs-là. Me laisseras-tu faire ?

— Montre-moi, j’ai envie de me dévergonder à tes côtés. Guide-moi, et je te promets que je serai une compagne insatiable, mon amour. Avec toi, je suis prête à tout.

— Pour commencer, je voudrais que tu te déshabilles, lentement, et sans me quitter des yeux afin que tu puisses voir dans mon regard à quel point tu es belle. »

Elle s’était exécutée, impatiente et aguichée à l’idée de découvrir de nouvelles sources de jouissance. Une fois nue, elle s’était laissé emmener devant la psyché de sa chambre.

« Je veux que tu voies ce que tu te fais. »

Il lui avait pris la main, l’avait conduite à son pubis, puis avec son majeur, il avait appuyé le sien sur son clitoris en lui murmurant de le caresser doucement, par petits mouvements très légers. Lui imposant toujours sa cadence, il avait attrapé son autre main, l’avait dirigée lentement jusqu’à son entrejambe et avait déplié tous ses doigts pour qu’elle masse sa vulve.

« Tu dois t’occuper de tout ton sexe. Plus aucune partie de chair ne doit être ignorée. Regarde comme tu mouilles déjà ! » s’était-il exclamé, heureux de la voir aussi réceptive.

D’abord timide, Marianne s’était laissé ensuite emporter face à cette image que lui renvoyait le miroir : son corps blanc, juvénile et délicieusement brûlant, exposé dans un jeu à quatre mains. Ses seins se soulevaient au rythme de sa respiration saccadée, les pointes tendues hurlaient leur besoin d’être effleurées, titillées, pincées. Le regard brillant de son amour l’avait étourdie puis enhardie. Elle n’avait plus hésité. Sa bouche s’était entrouverte, sa langue léchait ses lèvres, ses mains se libéraient de la pression masculine pour suivre leur propre chemin. Elle s’était appuyée contre le torse de Pierre, heureuse de sentir la dureté de son excitation contre ses fesses, et avait capturé la vision de son amant dans le reflet de la psyché. Les yeux brouillés, il avait du mal à maîtriser son souffle. Il lui avait souri, éperdu, impatient, pris à son piège.

« Je le savais ! Tu es une amoureuse, mon cœur, chaude, vivante et faite pour jouir. J’ai eu beaucoup de chance, le jour où je t’ai rencontrée. Continue ! Je veux t’entendre chanter ta débauche, et n’aie pas peur, je te tiens. Lâche-toi. »

Marianne se souvient avoir vécu son premier orgasme foudroyant, à la limite de l’évanouissement, ce jour-là.

Leurs joutes luxurieuses ont été un véritable élixir d’enchantement tout le long de leur mariage. Explorant ensemble sa sexualité, elle lui indiquait sans détour ce qu’elle aimait et Pierre s’était plié avec joie à toutes ses envies. Elle ne manquait jamais d’imagination pour égayer leur passion charnelle. Elle s’était même montrée plus effrontée que lui en l’emmenant dans des boutiques pour choisir leurs jouets érotiques.

Quel bonheur d’avoir connu cette félicité et cette complicité qui les ont amenés au faîte de leur amour, scellé pour l’éternité par leurs filles.

Marianne s’essuie vivement les yeux. La gorge serrée, elle souffle profondément pour évacuer ce sentiment de manque qui sera à jamais présent en elle, puis reprend le cours de sa vie, déterminée à la savourer seconde après seconde.

Plongée dans ses analyses que son poste de DRH lui commandait d’opérer pour être toujours au fait de la loi, elle ne prête pas attention aux « ping » de son Smartphone qui lui rappelle que quelqu’un est à l’autre bout. Alors qu’elle tente de comprendre la complexité d’un article du Code du travail, Julien la sort de sa concentration en entrant énergiquement dans son bureau.

— Marianne, tu arrêtes de te faire mal à la tête, tu éteins ton ordinateur, tu prends ton sac et on va se faire cette soirée ! C’est l’heure d’oublier la boîte, les dossiers et tout le tralala.

— Tu sais, j’apprécierais vraiment que tu frappes à ma porte avant de venir me déranger…

— Pourquoi ? Tu as des choses à cacher ?

Il se penche vers elle, soulève ses sourcils à plusieurs reprises, la bouche égrillarde.

— Tu regardes des images cochonnes en te faisant des coquineries ?

Marianne lève les yeux au ciel. Pas si loin de la vérité le Julien, dis donc.

— Tu ne penses qu’à ça, ma parole !

— Pas toi, peut-être ?

Marianne désigne son écran.

— Si le Code du travail était bandant, nous serions tous noyés dans des rivières de sperme et de cyprine ! Hélas, ce n’est pas le cas.

Faussement choqué, Julien fait un beau rond avec sa bouche, qu’il a très jolie d’ailleurs. Marianne l’imagine dans un lit, mais elle efface la vision d’un geste virtuel de la main. Pas de pensées libidineuses avec les collègues, surtout quand il s’agit de ses propres subordonnés. Ceci dit, Julien est un blond très mignon qui ne se prive de rien côté sexe, à entendre les comptes-rendus de ses aventures galantes. Il est également très libre et lui a confié, un matin de spleen après une déception passagère, aimer les deux, femme comme homme. Ce soir, il semble que ce soit le genre garçon que Julien envisage de chasser.

— Bon, tu viens ? C’est la veille du weekend, il y a tout un tas de beaux gosses qui nous attendent dehors, ce serait trop con de ne pas en profiter.

Marianne hésite : elle est fatiguée et aspire plutôt à rentrer chez elle pour se prélasser dans son bain, mais Julien ne la laissera pas faire, elle le devine déjà dans son regard.

— OK ! J’arrive dans quelques minutes.

— Je t’en donne cinq. Il est presque dix-neuf heures et les bars se remplissent vite, le vendredi soir. Je sens que j’ai ma chance alors dépêche-toi !

— Depuis quand as-tu besoin de moi pour aller pêcher ?

— T’es sérieuse ? Tu t’es vue, récemment ?

Marianne hausse les sourcils.

— Tous les matins quand je me maquille, pourquoi ?

— Ne me fais pas le coup de celle qui cherche les compliments, ce n’est pas ton genre. Tu es une beauté brune aux yeux bleus irrésistibles et je ne te parle même pas de tes courbes parce que je suis ton assistant et que normalement, je ne suis pas censé te dire tout ça. Bref, tu es canon, tu le sais et tu attires toutes mes espèces préférées autour de toi. Je n’ai plus qu’à attraper celles qui se sont pris une veste, sans me fatiguer. Bien sûr que tu viens avec moi !

— Je te mâche le travail, si je comprends bien…

— On peut dire ça comme ça. C’est ma récompense pour tout le bien que je te fais ici. Allez, range tout ça, je t’attends à la sortie de la boîte.

Marianne soupire, peu motivée. Elle a envie d’autres choses, beaucoup plus épicées que celle de passer un moment à boire des mojitos en compagnie des amateurs d’un coup du soir. L’intensité sexuelle qu’elle a vécue avec Pierre lui manque terriblement et elle aimerait tant trouver un partenaire qui saurait comprendre ses besoins… Et ce Gaspard qui lui fait de l’effet n’est qu’un ersatz. Bon, un bel ersatz, mais irréel, car inaccessible. Cela dit, rien ne l’empêche de continuer à jouer : autant prendre du plaisir là où il se propose.

Avant de glisser son portable dans son énorme sac à main, elle jette un œil et constate qu’elle a plusieurs discussions en attente. Elle déroule le fil et sourit. Ses filles l’informent qu’elles sont chez leur copain respectif ce soir et qu’elle a donc quartier libre. Moi aussi, je vous adore. Gaspard la rappelle à l’ordre. Mais bien sûr, Gaspard, je vais te répondre dans la seconde… compte dessus. Oh ! Un certain André, relation fessebouquienne, lui indique qu’ils se sont croisés à une fête d’amis communs et qu’il aimerait beaucoup la revoir. Tiens, tiens ! Des conversations intéressantes en perspective s’offrent à elle et Marianne s’en délecte d’avance.

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