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Go Down Under - Episode 1.1

Bienvenue en Australie!!


Hurry up! Ils vont arriver.

It's okay. Ils arrivent dans une heure.

— Tu penses qu’on aura assez de saucisses ?

— Mais oui

— Et les brochettes ?

— Mais ouiiiiiii ,ne te prends pas le chou. Et avant que tu ne poses la question, il y a assez de steaks pour les burgers

— Je veux juste que ce soit nickel. Qu’ils voient que je suis guéri.

— Ils le verront de toute façon. Tu es aux antipodes de ce que tu dégageais il y a dix mois…

L’homme à qui je parlais était Gill, mon host-dad.

Voilà dix mois que j’étais fille au pair à Melbourne. Une rupture sentimentale m’a fait quitter la Belgique. A croire que ma vie est écrite par un auteur de New Romance inspirée d’un téléfilm qui passe l’après-midi. Après deux ans passés avec un gars qui, on ne va pas se mentir, semblait également sorti d’une Romance à succès comme After, j’avais besoin de bouger. Et quelques mois plus tard, j’étais dans l’avion pour l’État de Victoria. J’avais jeté mon dévolu sur cet informaticien en freelance au mode de vie simple. J’avais passé plusieurs entretiens avec différents contacts, mais par malheur ils avaient tous des enfants. Et les gosses, ce n’est pas mon truc!

M’occuper d’un modèle réduit capable de produire des cris stridents parce qu’il ne veut pas aller se coucher ou que t’as planté la paille dans la brique de jus de fruits alors qu’il voulait le faire, très peu pour moi. Et je ne parle pas des ados qui roulent des yeux ou font la tronche juste parce que t’as eu le toupet de leur demander de mettre la table ou respirer le même air qu’eux.

Lors des entretiens il semblait sûr de lui, cool, sans prise de tête, motivé à me faire découvrir la culture locale. Mes “amis” en avaient rigolé en disant qu’un divorcé désirant accueillir une jeune fille au pair ça sentait l’homme en chien.

Mais ils étaient à des années-lumière de la vérité.

Quelques semaines après mon installation, j’avais trouvé un emploi de serveuse dans une pâtisserie française grâce à mon diplôme obtenu chez moi.

Un soir, après plusieurs mois installée et ayant adopté l’Aussie Way of Life, j’étais rentrée un peu plus tôt et je l’avais surpris en larmes dans sa chambre.

En réalité, il était en train de se noyer dans l’océan noir et boueux qu’était la dépression, et m’avait dit qu’il ne valait tellement rien qu’il n’était pas capable de faire un nœud coulant.

Il m'avait avoué, entre deux hoquets, que s’il s’était inscrit sur ce site, c’était qu’il cherchait un peu de compagnie sous la forme d’une personne au pair avec qui il pourrait échanger et faire découvrir le pays. Comme une dernière bonne action avant de partir.

Il m’avait tellement ému ce soir-là…

En lui posant quelques questions, il m’avait raconté que son divorce l’avait détruit. Le classique, il rentre plus tôt à la maison car un client a décalé son rendez-vous, et il l’a surprise avec son patron à elle. Archi classique, indémodable ! Et bien sûr, histoire d’accentuer le cliché digne d’une comédie américaine, ce patron d’entreprise d’import-export portait son rôle sur sa tronche. Audi, montre Baume et Mercier et Berluti… Le genre de type qui sort des phrases comme “Quand on veut, on peut” et autres “quand on veut vraiment du travail, on en trouve”. Dixit le mec qui a hérité de l’entreprise de papounet.

C’est sûr qu’il n’avait rien à voir avec Gill, informaticien indépendant et son pack Peugeot, Swatch et Geox. Mais bon, ce n’était pas sa faute s’il était tombé sur une femme vénale qui a préféré la beauté clinquante du luxe à celle d’un cœur rempli de bonnes valeurs.

Je suis quand même allée voir à quoi il ressemblait et... ce type-là n’avait rien pour lui… Riche mais banal. Ôtez-lui ses affaires de marque, remplacez-les par du Tati et il ressemblera à un barista de chez Starbucks.

Ce soir-là, il avait repris la décision d’appeler sa psy et avait insisté pour un séjour en hôpital psychiatrique. Non sans me conseiller de trouver une autre famille d’accueil. J’avais refusé tout net et décidé d’être présente pour l’encourager à guérir.

C’était là que j’avais compris que je m’étais défaite de mes anciens schémas de pensée.

Ces semaines sans lui n’ont pas été simples, mais je le savais entre de bonnes mains. De plus, il avait montré beaucoup de bonne volonté. Durant ses autorisations de sorties, je venais avec ses amis, les mêmes qui sont invités ce soir, et on allait balader. Restaurants, bateau, laser game... On aurait pu tenir une chaine de Vlog avec tout ce qu’on a fait.

— … Ton sourire n’est pas forcé, tu prends plus d’initiatives, tu es plus lumineux, plus enjoué.

— Il faut dire que tu m’as beaucoup aidé. Tu as été présente, et je ne te serai jamais assez reconnaissant.

Sa voix grave et profonde était si tendre. Au début, j’avais du mal avec son accent australien appuyé. Mais mon oreille a fini par s’y habituer/ J’avais même fini par le trouver sexy. Son accent hein !...Quoi que…

— C’est normal. Tu m’as tellement offert. Tu m’as fait découvrir ton pays et ta culture. On a fait beaucoup de choses tous les deux.

— Sans toi je pense que j’aurais fait une grosse connerie.

Cet homme, sous ce physique taillé en V et ces cheveux blonds coupés presque à ras, cachait un véritable cœur tendre. Pas une guimauve qui écœure, mais plutôt un doux bonbon réconfortant. Ses grands yeux bleus brillaient.

— J’ai fait ce qui me semblait normal.

— Je repense à toutes ces nuits où tu m’as entendu pleurer et où tu es venue alors que tu travaillais le lendemain, cette fois où t’as caché mes ceintures, mes lames de rasoir et mes somnifères... Tu as tellement fait que j’ai l’impression de pas t’avoir assez rendu.

— Ne te mine pas pour ça. J’ai passé de tels moments avec toi que…

— Que?

— … que je songe à renouveler mon Working Holiday Visa.

— Vraiment ?

Il semblait contenir son bonheur avec une certaine difficulté.

— Oui. Et j’aimerais renouveler mon hébergement chez toi. Si tu es d’accord bien sûr…

Je le sentais rayonner.

— Mais bien évidemment, ma grande ! Tu restes autant que tu veux! Tu fais partie de ma vie maintenant.

Je lui sautais dans les bras, comme si des ressorts étaient fixés sous mes pieds nus. Il me souleva comme une poupée et nous fit tournoyer au milieu de la cuisine avec euphorie.

Je dois avouer que ce soudain contact physique avec lui me chamboula légèrement...

Je le trouvais fort beau, c’est vrai. Et depuis des semaines je devinais ses regards qui glissaient sur mon corps. Autant avec respect que concupiscence. L’été pointait le bout de son nez dans l’hémisphère Sud et j’avais troqué mes jeans contre des shorts et des robes estivales aux couleurs gaies. Aujourd’hui j’étais vêtue d’une longue robe bleu turquoise qui m’arrivait aux chevilles. C’était ma tenue de tous les jours quand je ne sortais pas.

-- On trinquera à cette nouvelle ce soir avec tout le monde. Dit-il avec un immense sourire

-- Pour sûr ! Bon, je vais me laver.

-- D’accord. Je vais en profiter pour nettoyer le barbecue.

-- Tu ne veux pas un coup de main?

-- Non, non, ne t’en fais pas. Va te laver tranquillement.

Sous le jet d’eau tiède, je laissais mon esprit divaguer.

Je ne serais pas contre l’idée que Gill me rejoigne dans la douche et me savonne. Imaginer ses mains fortes frotter ma peau me fit frissonner. Je ne pus résister à l’envie de me caresser le bouton sous la douche. Mes séances de masturbation se faisaient de plus en plus fréquentes tant il occupait mon esprit. Fallait vraiment être la dernière des connasses pour oser quitter un homme comme lui. La vraie richesse est celle de l’esprit. Et puis comme dit ma mère, on n'a jamais vu de coffre-fort derrière un cercueil !

C’était ça qui m’avait fait succomber. Ça et sa carrure si virile…

Une fois soulagée, je me séchais avec ma serviette de bain et enfilait une robe blanche vintage avec des motifs de plumes arc-en-ciel qui m’arrivait au-dessus des genoux.

J’habillais mes paupières d’un dégradé orange qui allait vers le marron au ras des cils que je couvrais d’une bonne couche de mascara noir. Mes cheveux humides furent retenus par un petit foulard orange noué sur le côté. Je finalisais ma préparation avec un spray capillaire au monoï. Une paire de sandales bleues à petits talons m’attendait dans ma chambre.

Les mots de la langue française et anglaise additionnées ne suffiront pas pour vous décrire ses yeux et de sa bouche quand il me vit revenir dans le salon. On serait dans un cartoon il aurait eu la mâchoire à ses pieds, la langue déroulée comme un tapis et les rétines en forme de cœur.

—En voilà une jolie pin-up

Mes joues rouges devenues rouges me trahissaient. Touchée par ses mots, je me mis à tourner sur place. Ma robe accompagnait mes mouvements fluides. Je devinais sans problème Gill qui ne décollait toujours pas ses yeux. Il était droit comme un I, son produit décapant dans une main, une éponge dans l’autre.

-- Je vais aller me doucher. Les invités ne vont pas tarder.

-- Tu veux que je fasse un truc?

-- Tu peux commencer à préparer l’apéritif. Tu peux mettre le Garlic Bread au four quelques minutes, euh...à cent soixante degrés histoire qu’il chauffe tout doucement. On a acheté pas mal à grignotter, je te laisse choisir.

-- A tes ordres !!

Je sortis le fameux pain à l’ail du frigo, sépara les tranches pré découpées sur une plaque et enfourna. J’optais pour des chips au vinaigre et des crakers à tremper dans une sauce au fromage. Et par “fromage” entendez le fromage orange aussi industriel qu’un cordon bleu premier prix.

Bières, vin...On aura assez pour tout le monde. Et encore, chacun amène quelque chose. C’était la coutume en Australie.

Bols, remplis. Bougies à la citronnelle, allumées. Assiettes et couverts, mis. Musique, enclenchée. Une simple playlist d’indie rock fera l’affaire.

— Mais que tu es parfaite. Dit une voix grave derrière moi.

Chemise blanche aux manches relevées jusqu’à ses coudes, jean, visage encore ruisselant d’eau et cheveux mouillés… Qu’est ce qu’il est beau…

— Je fais que mon rôle de fille au pair. J’ai mis des bougies, je me suis faite piquer.

— Tu as bien fait.


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